Ressaisissons-nous !

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À travers l’exécution infâme et barbare d’un professeur, c’est bien ce que nous sommes et les idées que nous portons que l’on tente d’assassiner.

Existe-t-il moments plus douloureux dans la vie que ceux où l’on comprend que rien n’est éternel et que tout peut disparaitre à chaque instant ? Aussi difficiles à vivre soient-ils, ces moments charnières sont ceux de la maturité, de la conscience, de la lucidité.

Nous avons franchi collectivement l’un de ces passages, ce vendredi 16 octobre au soir.

Voici la cruelle réalité : nos idéaux, ceux qui nous poussent et nous unissent, au moins depuis la fin de la seconde Guerre mondiale, ces valeurs que nous pensons, à tort, immuables et intangibles, sont en danger de mort. Il s’agit, ni plus ni moins, de tous les principes sur lesquels notre société est bâtie : l’universalisme, la tolérance, le sentiment d’avoir un destin commun mû par des valeurs humanistes et fraternelles, l’ambition de transmettre, encore et encore, ce qui a forgé notre République, d’élever les consciences dans le respect des autres et la recherche du progrès social.

En janvier 2015, nous avons compris, dans les larmes, que la liberté d’expression était un bien qu’il fallait chérir et protéger.

En 2020, nous sommes à nouveau rattrapés par le fanatisme religieux. En 2020, en France, quelqu’un peut mourir, décapité, à cause de ce qu’il enseigne à des enfants. Nous en sommes là.

Et à travers l’exécution infâme et barbare d’un professeur, c’est bien ce que nous sommes et les idées que nous portons que l’on tente d’assassiner : la laïcité, la liberté de penser et de s’exprimer, une approche héritée des Lumières qui dit que tout ne se vaut pas et que le savoir n’est pas la croyance. Ces idées sont les piliers de notre démocratie. Elles fondent ce qu’est l’enseignement républicain, permettent la transmission des valeurs, sont le socle du débat collectif. Elles disent que pour défendre ce que nous avons en commun, il faut expliquer toujours plus le monde qui nous entoure.

Ressaisissons-nous !

Il faut remettre les religions à la place qu’elles n’auraient jamais dû quitter, celle de l’intime. Il faut entendre ceux qui ne croient pas en dieu et qui sont heurtés chaque jour par l’obscurantisme dont certains croyants de tous horizons font preuve. La parole des religieux devraient être bannie de l’espace public et rester cantonnée aux lieux de prières. La laïcité, c’est le respect de toutes les religions certes mais c’est avant tout la protection de ceux qui n’en ont pas. Il est temps de s’en souvenir.

Il faut aussi lutter contre le relativisme rampant qui gangrène les réseaux sociaux, celui qui donne autant de crédit à un escroc intellectuel qu’à un savant reconnu et fait, chaque jour davantage, de la vérité une opinion comme les autres. Ressaisissons-nous ! Il faut enfin considérer que les réseaux sociaux représentent un immense danger pour la démocratie. La place qu’ils ont prise dans la circulation de l’information sans aucune règle ni contrainte, permet d’alimenter les pires fantasmes, d’instruire les procès sans avocat ni juge et de désigner, in fine, des coupables. C’est exactement ce qui s’est passé à Conflans-Sainte-Honorine.

Il faut continuer à éduquer dès le plus jeune âge à la compréhension des médias, au décryptage des images. L’ Éducation Nationale a un rôle immense à jouer dans ce combat mais le drame de Conflans nous le montre à nouveau : nous ne pouvons plus laisser seuls les enseignants en première ligne. La société tout entière doit se mobiliser pour leur venir en aide. Nombre de journalistes et de médias le font déjà. Ce mouvement en faveur de l’esprit critique ne doit pas s’arrêter aux établissements scolaires mais doit s’amplifier, gagner toutes nos institutions, toutes les organisations, les collectivités, les entreprises car le mal s’insinue partout.

Agissons ! Ressaisissons nous ! Aussi belles et généreuses soient-elles, les idées peuvent mourir. Si nous n’arrêtons pas ceux qui veulent les assassiner, nous enterrerons la République, le principe même de démocratie et notre liberté. Il sera alors trop tard pour pleurer.

Jean-Bernard Schmidt

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