Ne nous faisons pas d’illusion : Facebook ne changera pas.

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zuckerberg

Parce qu’il domine le monde, l’empire dirigé par Mark Zuckerberg reste sourd aux régulations des États, aux critiques des journalistes et aussi, au boycott massif de centaines d’annonceurs.

Alors que les grandes plateformes sociales changent de braquet face à la haine en ligne, Facebook maintient sa ligne pourtant critiquée de toute part. Pire, dans une conversation avec les employés de la firme, Mark Zuckerberg a même déclaré : « Mon pronostic c’est que de toute manière ces annonceurs seront bien vite de retour sur la plateforme… »

Tout commence par une déclaration du Président Donald Trump, fin mai 2020.

Simultanément, dans un tweet et un post Facebook , il annonce : « When the looting starts, the shooting starts » (Quand les émeutes commencent, on commence à tirer). Immédiatement, Twitter décide de signaler ce message, considérant qu’il constitue une « violation de ses règles interdisant l’incitation à la haine ou à la violence ». Fureur du Président américain qui menace le réseau social de représailles. Le réseau social et pas « les réseaux sociaux » ? Oui, car dans le viseur de Trump, il y a Twitter, mais pas Facebook. La plateforme de Mark Zuckerberg, la première au monde avec plus de 2,5 milliards d’utilisateurs, ne fera rien contre ce post.

Cette décision de ne pas agir contre un message qui incite pourtant clairement à la violence a choqué mais elle ne devrait pourtant pas. Elle n’a d’ailleurs pas surpris les spécialistes de cet univers. Car si les grandes plateformes ont toutes, ou presque, mis en place des politiques différentes pour lutter contre la haine et la violence en ligne, Facebook fait figure de mauvais élève dans ce domaine.

Après avoir inclus dans les médias dits « de référence », ceux qui sont chargés de faire de la vérification d’information sur la plateforme, des médias complotistes ou controversés aux États-Unis, le réseau social a pris la décision de ne pas vérifier les propos tenus par les candidats aux élections ou bien tenus par des élus. En clair, pour avoir le droit de mentir en toute impunité sur Facebook, il vous suffit de vous présenter à une élection.

Plus de 800 marques reprochent à Facebook de gagner de l’argent en permettant à certains d’attiser la haine, le racisme et la division

Ces derniers jours, la pression s’est encore accentuée sur le réseau social. Sous la bannière « #stophateforprofit », une campagne de boycott de Facebook a été lancée aux USA. En une semaine, la plateforme a ainsi vu certains de ses plus gros clients (des annonceurs) déserter : The NorthFace, Columbia, puis Unilever, Coca-Cola, Starbucks, Lego, Microsoft, IBM… En tout, plus de 800 marques reprochent à Facebook de gagner de l’argent en permettant à certains d’attiser la haine, le racisme et la division.

Le mouvement laisse donc « Zuck » de plus en plus seul sur sa position de ne pas intervenir (le sacro-saint 1er amendement !) : Twitter a mis en place des mesures, Snapchat a limité l’audience du compte de Trump, Youtube a supprimé les comptes officiels de plusieurs personnalités racistes (l’ancien chef du KuKluxKlan David Duke, le fondateur de l’Alt-Right américaine Richard Spencer, l’eugéniste canadien Stephan Molynieux et le polémiste antisémite français Dieudonné).

Le 29 juin dernier, Facebook a tout de même décidé de supprimer des pages et des groupes qui « vont à l’encontre des standards de la communauté en matière de violence et d’apologie du crime ».

Quelles sont ces pages ? Elles sont liées à un réseau politique dont vous n’avez jamais entendu parler : Boogaloo. C’est un mouvement informel violent, raciste et antisémite qui incite à la guerre civile aux États-Unis. 220 profils, 95 comptes Instagram, 28 pages et 106 groupes Facebook ont été supprimés.

Alors, Facebook passerait-il enfin à l’action contre les groupes qui participent à la polarisation politique haineuse aux États-Unis ou en France ?

On pourrait le penser au premier abord. En effet, moins les appels à la violence circulent, mieux on se porte, non ? Et pourtant… Ces actions ne concernent qu’un nombre très limité de pages et de personnes qui diffusent de la haine en ligne, et auront donc un impact limité. Plus problématique, l’entreprise refuse toute forme de transparence sur les effets de son algorithme, et donc sur ses conséquences.

Et c’est bien le problème : par bien des aspects, le réseau social et sa toute puissance sont devenus incontrôlables. Cette affaire confirme une fois de plus le besoin urgent de réguler Facebook. Notre démocratie n’est pas à vendre, quel qu’en soit le prix.

« L’important, c’est que nous ne changerons pas nos politiques »

Mark Zuckerberg, lui, ne semble pas inquiet, et reste droit dans ses bottes. Dans une conversation interne à l’entreprise publiée par le média The Information, il déclarait : « La réalité, c’est qu’une poignée d’annonceurs, et même quelques douzaines qui quittent la plateforme ne fera pas de grosse différence économiquement. L’important, c’est que nous ne changerons pas nos politiques ou nos approches sur quoi que ce soit à cause d’une menace sur un petit pourcentage de nos revenus, ni pour aucune part de nos revenus. Nous ferons ce que nous pensons être les bonnes choses à faire pour rendre service à la communauté sur le long terme. Cela inclut les changements que nous avons annoncés ce matin, et nous continuerons ainsi. Mon pronostic c’est que de toutes manières ces annonceurs seront bien vite de retour sur la plateforme. »

Les citoyens, les activistes, les annonceurs, certains politiques, des Parlements, des institutions, tous ont essayé de faire entendre raison au réseau social, tous ont tenté de lui imposer des règles ou au moins de respecter les lois existantes. Depuis une semaine, les plus grands groupes industriels mondiaux ont eux aussi tenté de le faire. Pour l’instant sans succès. Et à en croire ce que dit « Zuck » à ses employés, il y a peu d’espoir de voir Facebook adopter des politiques plus vertueuses.

Le refus de Mark Zuckerberg d’entendre les critiques légitimes, au contraire de tous ses concurrents, doit nous pousser à une interrogation : et si la seule solution n’était pas, tout simplement, de fermer Facebook ?

Thomas Huchon

@ThomasHuchon

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