Trump power

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spicee_trumpedito

Lors d’une campagne électorale, mieux vaut ne pas s’en prendre à ceux qui votent.

C’est l’amère expérience que vient de faire Hillary Clinton aux États-Unis. Pour avoir traité les partisans de son adversaire Donald Trump de « racistes, xénophobes, homophobes, déplorables » elle s’est attirée les foudres des commentateurs, de ses contempteurs (et ils sont nombreux) et a donné de nouveaux arguments à son concurrent. Moins de deux jours après cette embardée, on voyait fleurir dans les meetings des tee-shirts marqués d’un « je suis déplorable, je vote Trump »… Effet garanti.
Cette manière de stigmatiser les électeurs de Trump n’est pas une première. Elle rappelle chez nous ce que Bernard Tapie avait pu dire des supporters de Jean-Marie Le Pen, les traitant carrément de « salauds » en 1992 et remettant cela en 2014, les estimant « stupides ».

Soit dit en passant, en terme de « marché » électoral, l’idée même d’un tel discours est assez stupide. Si on devait pousser l’analogie dans le registre commercial, c’est comme si Apple traitait de crétins ceux qui achètent un téléphone Samsung. A priori, pas le meilleur moyen de (re)conquérir des clients…

Cet épisode souligne surtout l’incapacité de plus en plus marquée des politiques à comprendre les citoyens, leur coupure avec le réel. Au lieu de s’attaquer aux problèmes, on tape sur les électeurs. C’est facile et c’est rassurant. Pas besoin de développer des arguments, on n’attaque personne en particulier mais tout un groupe en général, accusé d’avoir tous les défauts du monde. Trouver un bouc émissaire, ça soulage. Question remise en cause, on fait mieux : c’est vrai, si le peuple a tort, mieux vaut changer le peuple.

La réalité, c’est que l’Amérique contemple avec stupeur ce qui lui arrive, exactement comme nous, Français, voyons monter inexorablement la marée électorale du FN, sans comprendre. En cela, Hillary Clinton est l’archétype de ce que sont les responsables politiques : coupés des réalités, pétris de certitudes et donneurs de leçons. Ce que les Démocrates américains – et certainement, pas mal de Républicains – bref, tout le fameux Establishment, n’a pas suffisamment compris, c’est que, malgré une économie qui s’est remise de la crise, un taux de chômage inférieur à 5% et des entreprises les plus créatives et les plus dynamiques du monde, toute une partie de la population des États-Unis s’estime perdante, oubliée. Elle a peur des immigrés, craint pour la sécurité et cherche à sanctionner les responsables de sa frustration. Et cela, Donald Trump l’a très bien perçu. Il sait l’utiliser. C’est son plus grand pouvoir. Il a saisi les angoisses, les réflexes identitaires et de repli. Aux États-Unis, comme en France et en Europe, cette crise existentielle d’une partie de la population est un mouvement profond. Comme quoi, la bonne santé économique ne résout pas tout. Faute d’avoir voulu vraiment voir que ce malaise et ce ressentiment existaient et surtout, d’avoir cherché à savoir comment on pouvait les expliquer et les combattre, Hillary Clinton qui devait être élue dans un fauteuil, est désormais mal en point dans la campagne. Les dirigeants des autres pays appelés prochainement aux urnes, à commencer par la France, devraient méditer cette leçon. Ils n’en prennent définitivement pas le chemin.

Jean-Bernard Schmidt
@jb_schmidt

Voir la bande-annonce du doc Welcome To Trumpland

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