Nous ne devrions pas attendre autant des sondages

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L’accusation a immédiatement percé, dès les premières tendances connues : les sondeurs, les médias se seraient une nouvelle fois trompé à l’occasion de la primaire de la droite. Les premiers n’auraient rien vu venir, les seconds n’auraient rien voulu voir. Et bien sûr pointe le reproche devenu permanent fait à la sphère médiatico-sondagière qui serait atteinte de cécité quand il s’agit d’ausculter la vraie France. Évidemment, il ne faut pas s’arrêter à ce constat simpliste. Pour plusieurs raisons.
Tout d’abord parce que les résultats nous le rappellent fortement : des lignes de force peuvent se dessiner mais le débat politique reste quand même une science non exacte. Et les sondages aussi. Ils ne sont qu’une des informations dont on dispose pour mesurer les mouvements d’opinion. Ceci posé, faut-il pour autant s’abstenir d’étudier les tendances de fond à long terme ? Faire des sondages sur une élection plusieurs fois avant un scrutin ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’évolution. Ce serait stupide de le penser. Ainsi, il n’est pas impossible que François Fillon ait été très bas dans les sondages avant de remonter.
L’un des principaux problèmes vient sans doute de l’utilisation qui est faite systématiquement des sondages, de l’écho qui leur est donné. Leur diffusion dans la presse et à grande échelle (souvent sans contrepoint) sur les réseaux sociaux, fait que l’on ne retient finalement que les deux ou trois chiffres qui figent le rapport de force. Rares sont ceux qui prennent le temps d’étudier et de transcrire l’intégralité des résultats. Par exemple, nombre de préventions, d’interrogations existaient pour la Primaire de la Droite et les instituts de sondage n’ont cessé de le dire : l’ampleur de la participation, le profil des électeurs…Toutes ces incertitudes ont été exposées par exemple par les Décodeurs du Monde dans l’édition du 17 novembre. Mais qui entend ces précautions quand seul compte le chiffre qui marque ?
De même, il y aurait de quoi dire que les sondages se sont trompés s’ils n’avaient pas retranscrit ce que disait l’opinion au moment de leur réalisation. Or pendant de longs longs mois, tous les yeux ont été rivés sur le duel Sarkozy – Juppé. C’étaient les deux candidats les plus naturels, les plus établis aussi. Juppé s’était déclaré depuis longtemps et jouissait d’une popularité importante. Sarkozy ne cachait en rien ses intentions de revenir et bénéficiait d’une base d’adhésion très forte parmi les militants. Il est assez logique que les regards aient été davantage tournés vers eux. Les résultats ne bougeaient pas car les réponses des sondés ne bougeaient pas vraiment non plus : le maire de Bordeaux était plébiscité. C’était d’autant plus normal que le combat politique n’avait tout simplement pas commencé, que les programmes n’avaient pas été clairement exposés, que tous les candidats n’étaient pas connus. De fait, quand la campagne a clairement débuté, les résultats des enquêtes d’opinion ont évolué et cela se passe ainsi dans chaque scrutin : une période « glaciaire » pendant laquelle on interroge sur ce qui est connu, sur les positions à un instant T puis une période de campagne durant laquelle l’opinion est beaucoup plus mouvante car le débat est plus animé.
Ainsi, et on l’a énormément répété, les sondages ont bien identifié une évolution forte des intentions de vote durant les trois dernières semaines de campagne. Certains n’ont montré que des tendances mais d’autres ont donné des informations assez précises sur les résultats. Vendredi, une dernière salve donnait François Fillon devant les autres candidats. Les enquêtes n’ont donc pas été aussi aveugles qu’on le dit. Si elles n’ont pas mesuré le mouvement pro Fillon avant, c’est peut être qu’il n’existait tout simplement pas. En tout cas, qu’il n’avait pas cette ampleur.
Car enfin, et c’est sans doute le point le plus important, oui, la campagne, les débats, la confrontation réelle durant les deux derniers mois avant le vote ont tout fait changer. Les audiences des émissions politiques, des débats ont montré que le public voulait savoir ce que les candidats avaient dans le ventre et qu’à ce jeu là, François Fillon aura été le meilleur. Alors, pas besoin de nécessairement chercher des responsables, qui seraient comme toujours les médias ou les sondeurs aveugles et sourds et qui auraient voulu confisquer le débat. Peut-être suffit-il de se dire que François Fillon a réussi sa campagne et à vraiment fait bouger les lignes.
Jean-Bernard Schmidt

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