ÉTATS-UNIS : LES RACINES DU MAL

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Ce sera peut-être le principal échec de Barack Obama. Le rêve d’une Amérique post raciale qui semblait à portée de main après son élection, paraît aujourd’hui bien inaccessible. Les émeutes qui secouent depuis deux jours Charlotte, en Caroline du Nord, nous le rappellent cruellement. Car c’est une nouvelle fois la communauté noire qui manifeste, hurle sa détresse et sa colère après que l’un des siens a été abattu par la police. Les images rappellent d’autres manifestations, d’autres émeutes : à Ferguson en août 2014, à Baltimore en mai 2015…

Chaque fois, la nouvelle claque, cliniquement glaçante : un homme noir non armé à été abattu par la police. Comme si on ne pouvait rien y faire… 

Le pire, c’est que tout est filmé : caméras portées par les policiers eux-mêmes, images tournées par des témoins, à quelques mètres seulement des faits, vidéo-surveillance : on voit tout, on assiste à tout. Et ce qui saute aux yeux, c’est que ces hommes sont sans arme, immobilisés ou en fuite comme à Charleston, en avril 2015, lorsque Walter Scott est tué de plusieurs balles dans le dos. Ils ne présentent aucune menace… il n’empêche, ils sont abattus. Comme si de toute façon, c’était une fatalité. Les images de la mort de Terence Crutcher, à Tulsa, dans Oklahoma, vendredi dernier, en sont encore une nouvelle et terrible preuve. L’homme, un Noir de 40 ans, est seul, immobile, les mains en l’air près de sa voiture. Il est tenu en joue par trois policiers. On imagine les cris, les intimidations, la tension… Tous les ingrédients du drame sont réunis. On sait parfaitement comment cela va finir.  

Cette violence a une expression statistique effrayante : deux bavures par semaine. Deux Afro-Américains non armés sont tués par la police chaque semaine. C’est en partant de cette statistique mortelle que les réalisateurs, Julie Lotz et Jean-Charles Guichard ont enquêté l’an dernier. Leur documentaire « Pas de tirs à blanc pour les Noirs », (disponible sur Spicee ici et la bande annonce ,) est implacable. Il montre comment on en est arrivé là, comment la police sombre dans le racisme, la violence et n’est quasiment jamais sanctionnée. On y découvre que les agents américains sont mal entrainés, que pour eux, l’ultra-violence et l’agressivité sont des signes d’efficacité. Que dans un pays où circulent des millions d’armes à feu, ils ne veulent prendre aucun risque et du coup, apprennent à tirer même si la situation est mal évaluée.

Au cours de cette enquête, une évidence apparait : le racisme est le mal latent dont souffre toute une partie de la police. Les Noirs sont spontanément les objets de tous les clichés, ceux dont on se méfie davantage, ceux avec lesquels la violence est plus acceptable, finalement tolérée. Comme l’explique Ray Lewis, policier retraité de Philadelphie, les Noirs n’ont pas les moyens de se plaindre. Du coup, on leur parle mal, « on peut les frapper sans souci». Car l’autre problème est là : tous ces actes, toutes ces morts ne sont que très, très rarement punis et suivis de sanctions. Nombre d’agents ne sont même pas inquiétés par leur hiérarchie. Alors imaginer un jugement dans un tribunal… Comment une société a priori aussi évoluée que celle des États-Unis peut-elle tolérer un tel niveau de violence des forces de l’ordre ? Comment peut-elle accepter une telle impunité qui remet en cause l’égalité devant la loi, fondement de l’État de droit ? Ces interrogations profondes la hantent chaque fois qu’un Afro-Américain meurt sous les coups de la police.

Ray Lewis, le policier retraité de Philadelphie, a entamé une croisade contre cette violence aveugle et raciste. Il dit avoir décidé d’agir lorsqu’il a senti que lui aussi, commençait à sombrer. Que lui aussi, se sentait peu à peu infecté par ce « virus »  qui gangrène la police. Son témoignage est un message d’espoir car finalement un virus, cela se soigne. Il faut juste que la société américaine accepte le traitement. 

Jean-Bernard Schmidt

@jb_schmidt

 

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