Le visage de la France

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Comment peut-on tomber aussi bas ? C’est la question que l’on se pose en contemplant la dernière création de Robert Ménard : une affiche qui orne pitoyablement les abribus de Béziers. Singeant celles des pires séries Z, sur fond de ciel menaçant, on y voit de jeunes hommes, barbus, agglutinés devant la cathédrale et ce slogan, claquant comme une prédiction apocalyptique : « Bientôt dans le centre de Béziers, ils arrivent : les migrants. » Dégoût. Même sentiment, en voyant les impacts de chevrotine sur la façade d’un local destiné à accueillir des migrants à Saint-Hilaire-du-Rosier dans l’Isère ou sur celle d’un centre social à Saint-Brévin-Les-Pins (Loire-Atlantique). Dans ces deux villages, comme bien souvent partout où des migrants sont censés arriver après le démantèlement de la jungle de Calais, il s’agit d’héberger une soixantaine de personnes pour des périodes de un à trois mois, le temps que leur demande d’asile soit examinée. Sans faire d’angélisme, il n’y a pas vraiment de quoi paniquer a priori. Alors quoi ? La France serait donc à ce point moisie ? Le pays des Lumières serait-il submergé par ses peurs, par sa crainte du chômage, de l’insécurité, par la perte de son identité et bien sûr de ses « racines chrétiennes » ?

A la décharge des Français, ceux qui sont censés les guider ont failli depuis longtemps. Les migrants sont parés de tous les vices par une classe politique désastreuse qui a fait d’eux les bouc-émissaires idéaux, mêlant en vrac, peur des attentats, burkini et délires identitaires, confondant volontairement les migrants, les réfugiés, les demandeurs d’asile et érigeant la jungle de Calais en temple de l’angoisse collective.

 

Ne nous voilons pas la face : les problèmes existent. Il ne s’agit pas de les nier. Oui, la guerre en Syrie et en Irak a poussé des centaines de milliers de personnes vers l’Europe. Oui, gérer ce flux de population pose d’énormes soucis. Et il n’y a pas de solution miracle. Oui, nous sommes confrontés à des questions de sécurité dramatiques. Oui, notre situation économique est loin d’être fameuse. Mais devant tant de défis, en des temps si troublés, les responsables politiques devraient éclairer les citoyens, les guider, les pousser à dépasser leurs vieilles craintes, leurs réflexes. Ils devraient les entrainer vers plus d’analyse, de réflexion, d’humanité aussi. Nous en sommes très, très loin. On bat même depuis de longues semaines, record sur record de bêtises. L’un des sommets a été allègrement franchi par Laurent Wauquiez, président de la deuxième région de France : Auvergne – Rhône – Alpes, près de 8 millions d’habitants et 70 000 km2. Il refuse d’accueillir sur son territoire 1800 migrants de Calais qui s’entassent aujourd’hui dans des conditions pitoyables. 1800 personnes qui représenteraient, en tout et pour tout, 0,02 % de la population régionale. M. Wauquiez propose même une aide juridique aux maires qui veulent refuser l’arrivée de migrants. De quoi laisser sans voix.

 

Et pourtant, face à cet obscurantisme dont se nourrissent les campagnes électorales, se dressent des visages, des portraits, des parcours. Ceux d’Aboud et de sa famille dans le film l’Odyssée, admirable série diffusée sur Spicee (visible gratuitement ici) et qui raconte le voyage épique de Syriens fuyant les bombes et cherchant asile en Europe. On est loin du mythe des migrants qui viendraient secrètement envahir l’Occident et se repaitre de ses richesses. Aboud et ses enfants permettent de comprendre pourquoi des millions d’hommes et de femmes fuient leur pays depuis de si nombreuses années, juste dans l’espoir de survivre et d’imaginer un avenir plus sûr. Ils n’ont jamais entendu parler de l’Aide Médicale d’État (AME), de nos alloc, du RSA…

 

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Ils ne rêvent que d’une chose : retourner un jour dans leur pays, qu’à leurs yeux, « rien ne peut égaler sur Terre ». L’autre visage, c’est celui d’un petit village de Corrèze : Peyrelevade. Ce petit bourg de 800 âmes accueille depuis plusieurs mois des migrants qui attendent l’examen de leur demande d’asile. Nous sommes au cœur de la France profonde, loin de tout, loin surtout des prétendues élites parisiennes qui ne comprendraient rien au pays réel… Et bien, à Peyrelevade pas de coup de feu, ni de cri de haine, pas de manifestation ni de pétition mais des accolades, des rires et des encouragements pour l’équipe de foot locale que les migrants ont permis de raviver. Spicee a raconté cette histoire formidable ici. Il existe des dizaines d’autres exemples de solidarité, identiques à celui-ci, à travers tout le pays. C’est là, le vrai visage de la France. Celui d’une France lucide mais généreuse. Celui qu’elle devrait toujours montrer.
(Vous voulez aider les migrants ? Spicee vous donne quelques clés ici )

 

 Jean-Bernard Schmidt

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