LE PRIX DE LA LIBERTÉ

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TRUMPVSNEWYORKTIMES

 

Depuis dix jours, le pouls du monde bat donc à 140. Non pas à 140 pulsations (encore que cela correspondrait bien à l’état de stress permanent dans lequel nous sommes plongés par l’actualité) mais à 140 signes. Voilà le nouveau tempo de la planète, élevé et plutôt difficile à suivre. Ces 140 signes sont ceux des tweets que Donald Trump lance irrépressiblement à la face du monde, assenant de rageurs coups de menton de tous côtés, émettant avis expéditifs ou jugements péremptoires et sombrant en permanence dans l’outrance et la caricature que la terre entière contemple, effondrée et incrédule.
140 signes, une vingtaine de mots tout au plus : cela a au moins l’avantage de la concision et permet de saisir assez rapidement l’essence d’une prise de position.
Parmi les éructations de Trump, un tweet émis dimanche prend une dimension toute particulière. Parlant du journal le New-York Times, le nouveau président américain déclare ainsi :
« Une personne douée et de conviction devrait acheter le NY Times bourré de mensonges et d’erreurs, le diriger correctement ou le couler dignement »
Ces quelques mots pourraient être simplement considérés comme un nouvel épisode de la bataille que se livrent Trump et le grand quotidien new-yorkais depuis des mois. Il n’en est rien.
Derrière ce vœu exprimé – ouvertement et sans complexe – de mise au pas du journal se devine le talon d’Achille de la presse : son indépendance financière et donc sa liberté. Car ce qu’exprime la violence de Trump, pourrait se résumer ainsi : celui qui apporte l’argent a le pouvoir. Il appuie ainsi là où cela fait mal : les ressources financières sont le principal enjeu de la presse. Pourquoi ? Parce que comme toute entreprise commerciale, elle doit gagner les moyens de fonctionner, de payer ceux qui fabriquent et de mener un travail de fond surtout en ces temps troublés. Bref, il faut arrêter de se voiler la face : la presse ne vit pas de grands idéaux et d’eau fraiche. L’argent est un élément essentiel de sa liberté.

 

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Or si Donald Trump se montre si vindicatif c’est qu’un phénomène formidable est en train de se produire aux États-Unis, un phénomène qui doit nous faire réfléchir et nous donner de l’espoir : depuis l’élection présidentielle, le New-York Times a gagné plus de 200 000 abonnés. Il en compte désormais plus de trois millions, toutes éditions confondues. Ce réflexe d’abonnement du public est donc le premier geste de protection de l’indépendance de la presse. Et l’histoire montre que lorsqu’on dépense de l’argent, lorsqu’on investit dans les talents et l’ambition, les résultats arrivent : le Washington Post, sur lequel Jeff Bezos, le patron d’Amazon a parié, a annoncé près de 60 embauches et a gagné de nombreux prix grâce à ses enquêtes.

 

Cette leçon doit être méditée en France : on peut faire des lois et imaginer, pourquoi pas, des fondations, pour associer les lecteurs, les internautes à la possession d’un média. Certes. Mais le meilleur moyen de renforcer l’indépendance de la presse écrite ou vidéo reste encore de lui assurer son autonomie financière, ses moyens d’enquêter, de produire, de payer les journalistes et les techniciens. Pas besoin de faire de grandes phrases : il suffit que le public accepte de payer pour lire ou regarder. Avec des lecteurs, des internautes abonnés en nombre, les médias sont maîtres de leur destin. Ils peuvent faire leur travail en rapportant des faits vérifiés, argumentés, en ces temps où il est si difficile de démêler le vrai du faux et peuvent payer correctement ceux qui, chaque jour, travaillent dur et prennent des risques, parfois insensés, pour informer.

 

Évidemment la presse a l’immense responsabilité de proposer le meilleur contenu et la meilleure offre possibles pour séduire le public. C’est le préalable à tout et c’est ce à quoi nous tendons chaque jour chez Spicee. Les citoyens doivent eux comprendre que payer pour accéder à un média, c’est investir dans la liberté. En ce moment, c’est devenu une urgence. Et à terme, ce placement-là est toujours rentable.

 

Jean-Bernard SCHMIDT

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