L’Australie accorde 47 millions d’euros de dédommagement à des réfugiés. Et après ?

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XVM170f3944-647e-11e6-89ca-170f2a825fdaDes réfugiés toujours indésirables

Vous ne le saviez peut-être pas, mais l’Australie est l’un des pays les plus restrictifs au monde en ce qui concerne l’accueil des migrants. C’est bien simple, il n’en accueille aucun. Tous les demandeurs d’asile qui parviennent, après un long périple, à s’approcher des côtes australiennes sont, soit repoussés dans les pays voisins, soit mis en détention dans un camp de réfugiés. Une fois enfermés dans le camp de Manus en Papouasie Nouvelle-Guinée ou dans celui Nauru, ils n’ont plus aucun espoir de s’installer en Australie. Même s’ils obtiennent le statut de demandeur d’asile, ils sont bloqués pour une durée indéterminée sur ces îlots où ils sont victimes de violences physiques, y compris sexuelles et psychologiques.

C’est ce terrible quotidien que raconte notre documentaire Immigration en Australie : les camps de la honte, de Renaud Villain. En mélangeant prises de vue et images d’animation, ce film donne vie à l’enfer qu’ont vécu les réfugiés et permet de percevoir une réalité cachée par l’Etat australien.

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Mais depuis notre documentaire, les choses ont quelque peu changé pour les réfugiés des camps de Manus et Nauru. Les près de 2 000 demandeurs d’asile ont lancé une action en justice contre le gouvernement australien, mettant en cause les violences dont ils ont été victimes et l’illégalité de leur détention. Après six mois de procès, le gouvernement australien a préféré stopper la procédure en passant un accord à l’amiable avec les réfugiés, leur accordant 47 millions d’euros.

Pour faire le point sur la situation des réfugiés en Australie après cet accord sans précédent, nous avons posé quatre questions à un expert : Graham Thom, responsable des réfugiés pour Amnesty International en Australie.

Les demandeurs d’asile retenus dans des camps de détention vont recevoir 47 millions d’euros. Mais concrètement, est-ce que cet accord a changé quelque chose à la politique d’immigration australienne ?

Malheureusement cette décision n’a pas changé grand chose. La vérité, c’est que si demain, un demandeur d’asile tente de rejoindre l’Australie par la mer, il sera intercepté et renvoyé dans un pays voisin.

Évidemment pour les personnes qui ont touché cette compensation après autant de mauvais traitements c’est très important. C’est aussi la plus grande décision concernant les droits de l’Homme dans l’histoire de l’Australie au regard de la compensation qui a été versée.

Mais dans le même temps, cet arrangement empêche encore une fois la justice de vérifier les limites de ce que se permet l’Australie en matière d’accueil des migrants. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement passe un accord à l’amiable pour éviter un procès. Chaque fois qu’il est mis en défaut par une action en justice, le gouvernement australien réagit très vite pour régler la situation. De grandes sommes d’argent sont dépensées pour s’assurer que la justice ne vérifie pas la légalité des politiques migratoires.AUSTRALIE3

Qu’attendiez-vous de ce procès ?

Chez Amnesty International, nous considérons que la détention des migrants contre leur volonté est illégale mais aucune décision de justice ne le prouve. Nous espérions que ce procès changerait les choses. C’était un procès qui comprenait plus de 70 témoins et 200 documents qui prouvent que cette détention est illégale. Nous voulions au minimum attirer l’attention sur ces pratiques abusives. Mais maintenant que cet accord est passé, toute la question de la responsabilité du gouvernement dans le traitement des migrants reste en suspend. L’attitude de l’Australie envers les migrants n’est pas très connue en dehors du pays, le gouvernement s’arrange pour que ça reste confidentiel. Mais je pense que si d’autres gouvernements voyaient ce qui se passe, ils seraient horrifiés. Le fait que la politique australienne soit si peu critiquée par d’autres Etats ou par l’opinion internationale permet au gouvernement de continuer ces pratiques abusives.

Aujourd’hui quelle est la situation des réfugiés ?

Beaucoup d’entre eux sont toujours dans les camps. 866 demandeurs d’asile sont toujours en détention et continuent d’endurer le même traitement depuis des années.

Seuls 47 réfugiés ont été transférés du camp de Manus vers l’Australie pour recevoir des soins.

L’année dernière, la Cour Suprême de Papouasie Nouvelle-Guinée a déclaré que la détention des réfugiés dans le camp de Manus était anticonstitutionnelle. La situation a donc changé sur Manus et le camp va fermer le 31 octobre 2017. Mais cette décision n’a pas changé la politique globale de l’Australie en matière d’immigration. Le gouvernement prétend que les réfugiés sur le camp de Manus relèvent maintenant de la responsabilité de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Quoiqu’il en soit, ils devront être déplacés et ils ne peuvent rejoindre le camp de Nauru où près de 1 000 réfugiés sont déjà retenus.

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Pourquoi l’Australie mène-t-elle une telle politique envers les réfugiés ?

Depuis les années 2010-2013, il y a eu une augmentation du nombre de bateaux de migrants qui arrivent sur les côtes australiennes. C’est alors devenu un enjeu politique majeur que les différents partis politiques ont voulu utiliser à leur avantage. Trois grandes mesures sont censées réduire le nombre de bateaux qui approchent nos côtes :

  • Tous ceux qui arrivent en Australie par bateau ne pourront obtenir qu’un visa temporaire.
  • Depuis juillet 2013, toute embarcation qui arrive près des côtes n’est pas autorisée à débarquer en Australie.
  • Toute embarcation s’approchant du pays sera interceptée et repoussée en mer vers le Vietnam ou l’Indonésie.

Or, les chiffres montrent que cette politique n’est pas parvenue à réduire le nombre de migrants qui arrivent par bateau chaque année. C’est une perte de temps, d’argent et cela a causé de graves dommages aux près de 2 000 migrants qui ont été détenus dans les camps de Nauru et Manus.

Propos recueillis par Syrielle Mejias

@Syrielle_Mejias

 

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