La machine à gagner les élections de Trump suspendue par Facebook.

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C’est une annonce qui pourrait avoir des conséquences très lourdes, notamment dans l’enquête menée sur la façon dont s’est déroulée la dernière campagne présidentielle américaine. Facebook a en effet annoncé hier que Cambridge Analytica, une entreprise de psychométrie électorale qui a travaillé pour le Brexit et la campagne de Donald Trump, serait suspendue « pour n’avoir pas respecté les règles en vigueur » et volé les données personnelles des Américains à des fins politiques. (https://newsroom.fb.com/news/2018/03/suspending-cambridge-analytica/). Pour l’entreprise de Mark Zuckerberg, il s’agit dans l’urgence de donner des gages alors que la journaliste Carole Cadwalladr révèle aujourd’hui dans une enquête absolument hallucinante publiée dans The Guardian, témoignages à l’appui, que la campagne de Donald Trump a bien exploité des millions de profils Facebook pour influer sur les élections. Évidemment à l’insu des citoyens. C’est un nouveau lien entre l’équipe de campagne de Trump, Cambridge Analytica et Facebook qui est dévoilé.

Paul-Olivier Dehaye, mathématicien et co-fondateur de Personaldata.io (https://personaldata.io/), estime malgré tout que Facebook continue de masquer la réalité: « Depuis 2 ans, Facebook nie qu’il y ait eu quoi que ce soit d’inhabituel ou problématique dans l’utilisation de données extraites de sa plateforme à des fins politiques. Et pas une seule fois, mais à de nombreuses reprises : devant le FBI, devant le Sénat américain et plus récemment, devant la Chambre des Communes en Angleterre. Car Facebook a l’obligation légale d’informer à la fois le régulateur et les utilisateurs quand une telle brèche de sécurité est mise à jour. En l’occurrence, Facebook sait depuis fin 2015 que Cambridge Analytica a récupéré des données de manières illégales, puisque la firme a exigé de Cambridge Analytica qu’elle détruise des données à ce moment-là. Alors, suspendre ces firmes deux ans après qu’elles aient enfreint la loi… C’est un peu tard à mon goût… »

Cette nouvelle révélation fracassante vient confirmer ce que nous expliquons dans notre doc exclusif Unfair Game, notamment comment vos « likes » permettent de savoir tout ou presque de vous. C’est à voir ici

Si de nombreuses questions restent en suspens dans ce qui s’apparente de plus en plus à un polar politique digne de House of Cards, la façon dont Cambridge Analytica a récupéré les données de 50 millions de citoyens américains commence à être dévoilée. Et là encore, cela a tout d’un film d’espionnage.

Pratique déloyale

Il faut remonter en 2012, à l’université de Cambridge, au Royaume-Uni. Plus précisément au centre de psychométrie de la célèbre faculté.

Michal Kosinski, éminent psychométricien va mettre au point un algorithme permettant de mesurer les traits psychologiques des individus au travers de leurs « likes » sur le plus grand réseau social de la planète. A cette époque, il est contacté par SCL, la maison mère de Cambridge Analytica, qui veut à tout prix récupérer son incroyable trouvaille. Il refuse. Mais un autre psychométricien de l’université va accepter de travailler pour SCL : Alexandr Kogan. Il a co- signé une étude avec Kosinski, mais il a surtout créé une entreprise spécialisée dans la collecte de données et l’exploitation algorithmique de ces dernières à des fins marketing.

Dans le Guardian, ici  mais aussi ici, la journaliste Carole Cadwalladr révèle avoir eu accès au contrat passé entre Kogan et SCL. Un contrat d’ un million de dollars qui stipule le rôle de ce dernier : payer des utilisateurs de Facebook afin qu’ils passent un test psychométrique sous couvert de recherche scientifique et récupérer non seulement leurs données Facebook à travers une application sur le réseau mais aussi celles de tous leurs amis.

Une pratique déloyale dont Facebook a conscience dès la fin 2015. Le réseau va-t-il à ce moment prévenir ses utilisateurs ? Non. Va-t-il chercher à empêcher Cambridge Analytica de se servir de Facebook à des fins électorales ? L’exemple de la campagne de Donald Trump répond à cette question. Dans le QG digital de Trump, à San Antonio, les employés de Cambridge Analytica croisent ceux que Facebook a dépêché en interne sur place pour les aider à utiliser la plateforme, comme le montre ce remarquable reportage de la BBC sorti fin 2017.

Et Kogan dans tout ça ? Il a quitté l’Angleterre et surtout, il a changé de nom. Oh, pas pour des raisons de sécurité, explique-t-il, mais « religieuses ». Désormais installé en Californie où il fabrique des algorithmes utilisant Twitter, il se fait maintenant appeler Alexandr Spectre, le nom de l’ennemi de James Bond… Et ce n’est pas une #fakenews.

Thomas Huchon

@ThomasHuchon

Pour regarder « Unfair Game, comment Trump a manipulé l’Amérique », cliquez ICI

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