Trump président : qui blâmer ?

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Mais comment a-t-on pu se tromper à ce point-là ? Comment tout, ou presque, ce que les États-Unis comptent de têtes pensantes a-t-il ainsi pu ne pas voir venir, comprendre et même, imaginer ce qui s’est passé lors des élections présidentielles ?
Depuis mercredi, certains font leur mea culpa. D’autres sonnent la charge contre cette soi-disant « élite »  qui, bien sur, n’a pas voulu voir la réalité en face et a nié les évidences. L’élite contre le peuple… Comme c’est commode… Bien évidemment, les choses ne sont pas si simples…
Tout d’abord, beaucoup ont cru en toute bonne foi que Donald Trump ne pouvait pas gagner tant il racontait n’importe quoi…
L’Establishment avait pris, et depuis longtemps, fait et cause pour Hillary Clinton, sans réel enthousiasme certes mais de façon bien compréhensible vus le profil et les discours de Donald Trump. Il faut d’ailleurs rappeler que cela ne concernait pas seulement les Démocrates. Toute une partie des Républicains avait retiré son soutien au milliardaire après ses déclarations intempestives et les révélations sur ses propos outranciers à propos des femmes. Parce que la réalité est quand même là : on peut faire toutes les analyses du monde (et on les fait), il n’empêche que Donald Trump n’a cessé de délirer durant sa campagne, passant allègrement du mensonge à la haine. Alors quoi ? Les « élites » sont accusées d’avoir cru que New-York, Washington ou Los Angeles, où tout le monde était ahuri par Trump, reflétaient l’ensemble des États-Unis ? Très simpliste là encore. Il suffit en effet de regarder un peu en arrière pour savoir que les grandes métropoles de la côte est et ouest votent toujours très fortement pour les Démocrates contrairement au reste du pays. Et ça, ils n’ont pu le découvrir. Non, visiblement (et c’est ce qui est effrayant), beaucoup ont pensé que la raison l’emporterait et ramènerait les électeurs dans le « droit chemin » . C’est, à n’en pas douter, de l’aveuglement et il n’y a pas eu de retour à la prétendue « raison ». Une élection ne fonctionne pas comme cela. Quand le mouvement est lancé, il est extrêmement difficile de l’arrêter.
Juste à côté sur le banc des accusés, les médias. Évidemment, ultra critiqués même s’il ne faut pas confondre le travail des reporters qui ont couvert la campagne de Donald Trump, ont pris le pouls de l’Amérique profonde et celui des éditorialistes qui finissent par confondre leur avis (parfois éclairant et légitime) avec les faits qui remontent du terrain.
Mais le principal problème de la presse traditionnelle n’est pas là. Il se situe d’avantage dans la concurrence de plus en plus violente avec les réseaux sociaux qui sont devenus pour beaucoup le principal, voire le seul, vecteur d’information dont la source importe peu, confondant commentaires et faits et pire, déformant la vérité. Comment comparer un post Facebook issu d’on ne sait où, relayé par on ne sait qui, avec un article ou un reportage vidéo, documenté, hiérarchisé, vérifié ? Visiblement, de cela, de plus en plus d’électeurs se moquent. Comment, dès lors, s’étonner du peu d’impact qu’ont pu avoir les multiples analyses critiques et décryptage des élucubrations de Donald Trump ?  Il ne faut pas se leurrer : le mensonge a toujours eu cours dans les campagnes électorales même si là, on a atteint des niveaux olympiques. Mais désormais, il est difficile de lutter quand face à de l’info fiable, les fables sont relayées par des réseaux sociaux sans filtre et amplifiées sans fin dans des sphères où, de toute façon, l’information critique n’a que peu de chance de pénétrer. D’ailleurs Donald Trump ne s‘y est pas trompé : il vient de déclarer qu’il devait sa victoire aux réseaux sociaux et qu’il continuerait à en user… Ça promet…
Enfin, la troisième explication tient aux électeurs eux mêmes. Ce scrutin montre une chose fondamentale : ils semblent de plus en plus imprévisibles. De plus en plus difficile à cerner aussi. Clinton pensait ainsi mobiliser les femmes, les minorités… Ça ne s’est pas passé ainsi, loin de là. Dans sa série de reportage, « Welcome To Trumpland » (visionnable ici), Spicee montrait justement les frontières poreuses entre les camps, les motivations contradictoires des uns et des autres. Ce document est passionnant à regarder aujourd’hui, après le vote. Réalisé deux mois avant les élections, il décrivait, sans aucun a priori ni jugement de valeur, l’union qui se formait tacitement au fil du territoire : des travailleurs déclassés aux fanatiques des armes en passant par des chrétiens radicaux séduits par les positions anti homosexuels de Trump et des membres avérés du Ku Klux Klan. Un agrégat d’intérêts particuliers s’apprêtant à accorder sa confiance au candidat républicain pour des raisons souvent insaisissables, comme ces ouvriers de Détroit souhaitant l’augmentation du salaire minimum que proposait… Clinton ou bien ce musulman du Michigan qui préférait retenir de Trump sa détermination à détruire Daesh et non sa volonté d’interdire l’entrée du territoire aux fidèles de l’Islam…
Road trip prémonitoire, tous les états traversés par nos réalisatrices ont accordé leur confiance à Donald Trump. Le parti démocrate aurait dû le sentir venir. Il n’en a rien été : ses stratèges n’ont rien vu de cette étrange et hétéroclite coalition en train de se constituer à leurs dépens. C’est certainement cette cécité-là qui est la plus préoccupante.
Jean-Bernard Schmidt

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One thought on “Trump président : qui blâmer ?

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